Le mal de l'étranger...

Publié le par Yann-Vari

J'ai un peu hésité avant de commencer à écrire cet article, mais au risque de paraître ridicule, je préfère être honnête. Surtout envers ceux ou celles qui lisent ce blog dans l'optique de venir ici, à Valpo, où ailleurs en Amérique du Sud.

 

Tout n'est pas rose, non. Pour preuve, aujourd'hui ça n'a pas été terrible. Je n'appellerais pas ça le "mal du pays" parce que je n'ai pas plus envie que ça de retourner en France. Non.

C'est plutôt un sentiment instructif : celui de l'étranger qui se sent inutile.

 

Sentiment qui peut - je le répète - paraître ridicule au bout de seulement une semaine passée sur le sol chilien ; mais un sentiment loin d'être négligeable. Alors que - presque - tous mes amis français (pour ne pas dire rennais) ont effectué leur rentrée, je ne sais même pas si je vais pouvoir suivre sérieusement le moindre petit cours. Et quand je marche dans la rue je le sens : je ne suis pas d'ici. On me prend pour un gringo, ou pour un touriste. Oui, quelque part je ne serai jamais d'ici, oui, je serai toujours un étranger... Mais voilà le malaise : je ne suis ici que pour un an, et je ne suis arrivé qu'il y a une semaine (et encore...). Imaginez maintenant le descendant de harki qui ne se sent même pas chez lui, dans le pays que son grand-père a défendu...

 

Bref, aujourd'hui c'est un peu difficile. Entre ennui et inutilité.
Aujourd'hui aussi, je me suis fait refoulé au "registro civil" parce que je n'avais pas les documents nécessaires. Je crois que le plus humiliant a été cette phrase de la fonctionnaire : "Pero, nadie puede ayudarse ?" Non; non ! Personne ! Pas même ma fac qui est incapable de me dire quand commencent mes cours ! Alors comment voulez-vous qu'elle m'aide pour avoir ma "cédula de identidad" ?

 

Et mes journées ?
Comme un touriste qui branle rien de ses journées... Mais un touriste qui restera là un an. Un an, oui, pour une pseudo année universitaire. Plus un pseudo-stage. Un stage de quoi ?
Est-ce que je peux esquiver la question ?
Ouais, je vais éviter d'y répondre, parce que j'en sais rien. 

 

Je fais quoi ici ?
Au final : je m'emmerde. Je suis ici, je ne sais pas encore pourquoi. Je suis perdu parce que je serai toujours un gringo, un étranger friqué.

 

Aujourd'hui j'ai parlé avec une de mes colloc. Lesli.
Lesli travaille plus de 40h par semaine.
Lesli étudie en même temps pour avoir une meilleure situation.
Lesli est caissière au Jumbo de Viña del Mar.
Et Lesli voudrait vivre plus correctement.

 

Et moi, pauvre petit con d'Européen veinard, je me fais chier dans un ville qui ne sera jamais véritablement mienne. Je me plains, et je souffre d'être inutile.

 

Mal dérisoire, quand on y pense sérieusement...

 

Valpo-4-009.JPG

Publié dans Vivre à Valpo

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N
<br /> Hey c'est quoi ce commentaire réfléchi à plusieurs? Vous participez à un comité "aide-aux-sciences-potes-perdus-dans-le-tiers-monde?"<br /> Cela dit, j'adore l'idée n°3 des clémentines, tant que JM ne vient pas faire ça chez moi :)<br /> <br /> <br />
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Y
<br /> <br /> Je n'y suis pour rien. Je ne lance pas de clémentines ! je passe mon temps à filmer les coupables, nuance !<br /> <br /> <br /> <br />
T
<br /> On a lu ton article JM.<br /> Les cinq bonnes idées pour surmonter cette épreuve:<br /> <br /> * écouter Dans la vallée oh oh de Dana, darlidada dans la vallée oh oh j'ai cru entendre des échos...<br /> * Intégrer la Malatrucha 18, et marquer ton territoire<br /> * Acheter un kilo de Clémentine, te défouler avec sur les murs<br /> * Organiser un Crit à Valpo (spé Quidditch stp)<br /> * Faire un cover de sexion d'assaut à la bombarde<br /> <br /> "La lutte vers les sommets suffit à remplir un coeur d'homme, il faut imaginer sisyphe heureux..."<br /> Camus<br /> <br /> On t'embrasse jean bière<br /> <br /> <br />
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Y
<br /> <br /> Je crois que je vais intégrer les Flyte (prononcez "Flailleté"), sorte de maras local - mais avec les tatouages en moins et l'allure "ké-ké" en plus. Je vous préviens, Sciences po rennes va<br /> devenir ghetto-ghetto !<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Et puis sinon, merci pour le message commun ! :)<br /> <br /> <br /> <br />
S
<br /> Tu dis : "ça ne fait qu'une semaine" ceci explique peut-être cela... Tu as la chance d'avoir des collocs chiliens, profite en pour bouger avec eux, ou même leur dire ce que tu ressent par rapport à<br /> ton arrivée. Courage le Jim (et à poil!)<br /> <br /> <br />
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B
<br /> Article loin d'être inutile J-M. D'abord je pense que tout le monde se le cache un peu, mais le sentiment que tu éprouves est presque une étape obligatoire à passer... Mais comme disait Camille ça<br /> ne fait qu'une semaine : lost in translation quoi (même si aucun rapport avec la langue)<br /> <br /> <br />
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