Cette ville qui peut-être n'existe pas
Comme je vois que Noémie s'applique à raconter les histoires de tous les jours, je me rends compte que je le fais de moins en moins. Sans doute un peu trop habitué à la vie ici ? Peut-être bien. En même temps après 9 mois et 2 semaines ici dans ce port qui n'en est plus vraiment un (ce sera peut-être le thème d'un futur article 'bobo gauchiste bien pensant' comme les derniers que je vous ai posté, mais j'ai peur de vous lasser), j'ai un peu mes marques, je m'émerveille parfois comme toujours, mais c'est devenu moins spectaculaire. Sans doute plus difficile à faire partager.
Il faut dire aussi que j'ai pas cette facilité de raconter les petites choses du quotidiens qui construisent un à un les grands bonheurs d'une vie. (Ouh que c'est poétique !)
Valparaiso...
Ce ne sont plus que deux mois et demi qu'il me reste, et je me réveillerai en France, comme après un long rêve. Rêve éveillé ou pas, je n'en sais rien. Parfois il m'arrive de me demander le sens d'une vie ici : on va en cours 3 jours sur 7 - ce sont les lundis, mercredis et jeudis pour moi - on fait la fête et passe notre temps à lire des textes interminables le reste du temps ; on dort peu. Trop peu. Et tout ça, ça mène à quoi ? Les études ? Ne rigolez pas, on est à un mois et demi de la fin des cours et j'ai toujours pas régularisé mon inscription en ce second semestre.
Alors oui, parfois, je pense au retour. A toutes les choses plus importantes, et moins amusantes qui m'attendent là-bas. Mais aussi la famille, les amis... Et j'y pense en mangeant mes dernières galettes de Pont-Aven, et sirotant un maté...
Mais je crois oublier tous ces petits trucs incroyables de cette ville sans âge, pourtant si jeune. Les soirées dans une maison remplie de Français, Australiens, Allemands et Chiliens. Les autres tranquilles avec mon colocs autour d'un thé, d'un mathé, d'une chanson cherchée sur Youtube - Pancho, cet amour de coloc, lui il va me manquer. Ces soirées au Gato en la Ventana, au Canario, au Ritual autour d'un vino con fruta, au Proa à se déhancher sur de la cumbia et autres danses sud-américaines, à y danser le rock, parce que bon je ne suis pas assez latino pour bouger mes fesses. Mais on s'en fout du moment qu'on s'amuse. Les parties de foot avec Tomi - autre personnage qui aura marqué mon songe porteño -, avec et contre ses potes porteños, à me prendre de gueule avec l'un d'eux comme je l'aurais fait avec Manu Launay à la Mellinet, parce que bordel, il peut crier parce que j'ai perdu un ballon, mais si au moins lui n'en perdait pas !
Il y a parfois aussi ces après-midis comme celle à aider Nayib dans son stage dans une association s'occupant des petites grands-mères, dans des cerros très reculés, populaires, ceux où les touristes ne mettrons jamais les pieds, à partager un quatre-heure. Voir ces mamies manger des crêpes qu'elles goûtent pour la première fois de leur vie, avec la même précaution que vos propres mamies qui en ont dévoré toute leur vie. Et être ému par ce petit rien, sans pouvoir non plus l'expliquer.
Nayib et ses grands-mères... qui kiffent grave leur race, il semblerait.
Ces après-midis improbables à partager des chelas (bières) dans des ruines en plein milieu de la ville, avec des grapheurs. En mode underground. Un truc qui pourrait difficilement arriver en France. Et se prendre à rêver les yeux ouverts quand le soleil se couche sur la baie, que les lumières de la ville s'allument comme de minuscules braseros, comme des bougies sur 42 collines.
Et remonter les ruelles et les escaleras à toutes les heures, avalé par cette ville qui peut-être n'existe pas.
Qui sait ? Ne suis-je pas simplement en train de rêver ?